Napoléon, dont on n'ignore ni les écrits ratés ni les fulgurances — ici aussi, légende noire contre légende dorée —, eut un jour ce mot fameux, et pour tout dire un brin surprenant tant on ne retient de lui que son caractère très terre-à-terre : « la France, c'est le français quand il est bien écrit ». Trait d'esprit sans lendemain ? Je ne pense pas tant il se proclama, tout au long de son règne, protecteur des muses et des vers. Il déploya même une énergie incroyable à essayer de séduire le plus grand écrivain de son temps, François-René de Chateaubriand, indécrottable royaliste et terrible pamphlétaire de « Buonaparte ». Apparemment en vain. Napoléon avait compris très tôt que l'épée d'airain n'émousse pas la plume des plus grands écrivains, poètes ou romanciers. Stendhal, Byron, Balzac, Goethe, Scott, Hugo, Dostoïevski, Dumas, Musset, Tolstoï et tous les autres — même Chateaubriand ! — devaient bientôt lui rendre justice. Grâce à eux, l'Empereur accédait à l'immortalité. Quels miracles peuvent réaliser les hommes de lettres !
dimanche 3 février 2013
mardi 29 janvier 2013
Mariage pour tous, Manif pour tous : une rupture morale
« Y'a deux solutions : ou on se dérange ou on méprise… Évidemment, n'importe comment, une tournée d'inspection ne peut jamais nuire. »
Maître Folace
Ces dernières semaines, on l'a entendu autour de nous, on l'a lu dans la presse et sur les réseaux sociaux, les échanges se sont tendus entre partisans et opposants au projet de loi instaurant le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels. Les empoignades à répétition sont devenues nerveusement éprouvantes pour quiconque, de près ou de loin, prend part au débat, nous faisant souhaiter un dénouement rapide. Qu'on en finisse ! Aujourd'hui, alors que les positions varient au sein des cultes, des partis et des familles, nous pouvons affirmer que la rupture n'est plus seulement politique. Elle va bien au-delà, elle est beaucoup plus profonde, elle transcende les clivages et elle s'avère extrêmement violente. En vérité, elle est morale.
Libellé(s) :
Res Publica,
Société
lundi 7 janvier 2013
Dénoncer la psychanalyse avec Romain Gary
La simple évocation de la psychanalyse produit sur moi une réaction pavlovienne assez peu engageante. Tête rentrée dans les épaules, yeux plissés et lèvres serrées pour ne pas laisser apparaître des canines menaçantes, mon poil se hérisse et je deviens soudainement taiseux. Sans qu'il le sache encore, je me tiens prêt à dévorer mon interlocuteur à sa première incartade. Et rien qu'à l'écrire, j'en ai le souffle court. Il se trouvera bien un imbécile pour l'interpréter. Qu'il prenne garde.
Libellé(s) :
La voix des maîtres,
Livres,
Res Publica
dimanche 21 octobre 2012
Le salut des déserteurs
Le Cloître était encore silencieux. Nous étions émerveillés par tout ce que nous découvrions, à commencer par cette multitude de petits bancs blancs que l'on s'affairait à installer un peu partout. Mais nous chuchotions presque, de peur de troubler la quiétude des lieux. Jeunes et fringants lauréats d'un concours qui n'était pas encore commun, nous étions quelques uns venus découvrir par nous-même le théâtre de nos futurs exploits. C'était un beau jour de septembre 2007, la rentrée n'avait pas encore eu lieu mais nous devinions déjà, entre nous, à quel point nous serions marqués par ces vieilles pierres. C'était ici que nous allions, cinq années durant, nous former, découvrir, débattre et partir à la conquête du monde pour devenir, en fin de compte, véritablement adultes. Nous prenions alors conscience que cette école allait devenir notre école.
Libellé(s) :
Sciences Po
lundi 18 juin 2012
Waterloo selon Byron
J'ai déjà eu l'occasion de convoquer ici le plus puissant de nos poètes — j'ai nommé Victor Hugo — afin de rendre hommage à l'hôte des Invalides. Mais il n'est pas le seul à sublimer l'épopée napoléonienne, loin s'en faut ! Le premier des poètes, célébrant le plus grand des héros, traîne dans son sillage tous ceux que les Muses ont pu enfanter depuis Virgile, pour notre plus grand plaisir.
vendredi 20 avril 2012
L'Europe ! L'Europe ! L'Europe !
On parle peu de l'Europe dans cette campagne présidentielle. Le sujet n'est pas davantage vendeur dans les médias qu'il ne l'est dans les urnes. Les principaux candidats l'ont bien compris, eux qui ne l'évoquent qu'à l'occasion et de façon symbolique, préférant dès que possible surjouer des clivages secondaires plutôt que de s'aventurer sur les pentes savonneuses du machin bruxellois.
Libellé(s) :
Res Publica,
Sciences Po
jeudi 12 avril 2012
Non , Monsieur Descoings n'était pas un visionnaire
Richard Descoings s'en est allé. Bien qu'il ne fut pas mon directeur — je suis élève de l'IEP rennais et non parisien —, cette information inattendue m'a tenu longuement éveillé, moi comme probablement nombre de mes condisciples. La disparition du directeur de Sciences Po Paris, personnage emblématique qui fit connaître son école dans le monde entier, a suscité de nombreuses réactions, à ma connaissance toutes très laudatives. Et même excessivement laudatives. Que l'on me pardonne de venir briser ici un concert unanime, en cette période de deuil, mais il faut bien que quelqu'un rappelle deux ou trois évidences, la première étant que l'on ne peut pas décemment faire de Richard Descoings un grand serviteur de la cause républicaine. On pourra trouver mon billet inopportun ou inélégant, une semaine seulement après son décès. Je m'en excuse sincèrement. Mais j'y suis bien malgré moi contraint à voir les thuriféraires succéder aux béats et aux hypocrites devant le sinistre lit de mort. Comme je ne souhaite ni être de mauvaise foi, ni faire preuve de mauvais esprit, je vais commencer par reconnaître le grand talent du défunt.
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Sciences Po,
Société
jeudi 16 février 2012
La paraphrase selon Malherbe
Le XVIe siècle voit en France de nombreux hommes de lettre s'adonner à l'art de la paraphrase, c'est-à-dire expliquer en des termes différents — et si possible plus clairs — ce que d'autres ont déjà exposé. Pourquoi un tel succès ? C'est qu'on y voit là un moyen commode de diffuser des concepts moraux et de mettre au goût du jour des écrits tombés en désuétude, ne serait-ce que parce que la langue évolue. Mais c'est aussi la voie privilégiée des poètes pour embellir ce qui, à leurs yeux, mérite de l'être.
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